08 mars 2010

1 – La pyramide de Khéops

Très largement inspirée de la pyramide du musée du Louvre et du pavillon du Canada à l’exposition universelle de 1967 (dont on fête présentement en liesse les 42 ans et sept huitièmes de l’ouverture officielle), la pyramide de Khéops, soyons francs, ne réinvente pas le genre. Pas du genre à transcender son époque, disons. Les Égyptiens, des gens simples, se sont vraiment contentés du modèle de base, sans options, sans garage attenant et sans cuisinette d’été vitrée. Oui, toute en pierre, mais probablement juste parce qu’ils ne trouvaient pas de mélamine blanche.

C’est donc l’option de base, un peu comme les modèles qui servent pour les exercices de mathématiques: Jacinthe désire peinturer une pyramide régulière de hauteur h dont la base est un carré de b sur b unités. Tous, année après année, nous avons aidé Jacinthe à trouver la surface à peinturer, et les inattentifs lui ont fait peinturer la base alors qu’une pyramide, ça se soulève très mal, ou ils ont négligé de considérer le calcul de la diagonale vers l’apex. Une partie de nous a surtout ardemment souhaité à Jacinthe de se trouver d’autres loisirs. Et qui sait si un jour, en attendant au comptoir de la peinture, nous ne croiserons pas Jacinthe? «Bonjour, j’aimerais peinturer une pyramide et j’ai besoin de 2b√(h2+b2/4) unités carrées de peinture. Oui, fini coquille d’œuf, s’il vous plaît.»

Bon, il ne faut pas juger les Égyptiens (ni Jacinthe), c’est ce qu’ils ont choisi. Mais qu’on parle quand même de merveille demeure un brin étonnant.

Imaginons qu’un Français, disons au dix-neuvième siècle, ait décidé de partir un mouvement architectural pour faire des blocs carrés en béton, avouons qu’on ne serait quand même pas allé jusqu’à parler de chefs-d'œuvre…

Ah.

Plutôt: peut-on imaginer un trophée qui récompense la qualité de la musique remis à…

Ah.

Bon, d’accord alors. C’est bien une merveille. Comme tout le reste.

N’empêche, ce n’est pas pour parler contre les Égyptiens, mais il paraît que leurs conditions de travail n’étaient pas super. À Montréal, pour le stade olympique par exemple, c’était beaucoup mieux; des employés bien choyés, une très bonne rémunération, des petits bonis comme des piscines creusées, un bel exemple de petites attentions toutes simples qui font chaud au cœur. Soyons honnêtes, avoir été un esclave égyptien, j’aurais bien aimé ça avoir une piscine creusée.


Note: La photo ci-jointe, illustrant la merveilleuse pyramide en question, a été prise par Wikipédia (un égyptologue) ou sa femme, probablement lors de leur voyage de noce.

01 mars 2010

Première épître à mon futur fils premier-né

Futur coloc,

C’est avec tout plein de solennité que je te l’annonce: épître est bien un nom féminin. Mais bon, c’est peut-être un mot qui aura disparu lorsque tu apprendras à lire (on ne veut pas trop te pousser, mais on vise avant deux ans). Un jour, sans trop t’y attendre, tu tomberas peut-être sur ce mot en faisant tes mots croisés (on vise dans quatre ans). Bien entendu, le genre des mots n’a généralement pas trop d’importance dans les mots croisés. Mais si tu me permets ce conseil, je souhaiterais que tu te mettes aux mots croisés plutôt qu’au skeleton. Ou pire, au curling.

J’ai vérifié dans le bulletin municipal, la municipalité n’offre pas de cours de skeleton cette année (tu vois, tu aurais alors peu de chances pour les Jeux de Sotchi). On préfère aussi songer que tu ne deviendras pas skip pour placer des pierres dans la maison (ça userait les planchers).

D’ailleurs, je te le conte pour l’anecdote et pour la portée philosophique (c’est une épître après tout) même si en fait tu étais là avec ta mère et ta doudou-placenta, on a eu notre dose de curling vendredi.

On est allés voir Avatar en 3D. Ne ris pas de nous, le 3D était tout un argument à cette époque. Franchement, tu crois qu’on y serait allés sinon? Dans le même genre, Pocahontas avait le mérite d’être beaucoup plus court. Je te résume: des créatures bleues virevoltent sur des oiseaux colorés en contournant des rochers antigravitationnels; souffrent longuement des affres de la chicane et d’un mauvais scénario; vainquent l’ennemi de façon totalement imprévisible en lançant des flèches sur des types qui ont des armures et des mitraillettes (mais eux n’ont pas le cœur pur… tous des sauvages, comme dirait Pocahontas ou son chum); et ils font tout ça en 3D en trouvant l’amour, le sens de la fraternité et la paix intérieure, entourés de plantes électroluminescentes et de méduses spirituelles. Point fort du film: jusqu’à maintenant, pas de curling.

Le film finit par finir, on sort du cinéma et on se dirige en 3D mais sans lunettes jusqu’au restaurant le plus près, car la guerre des mondes et la grossesse sont deux choses qui ont pour effet de creuser l’appétit. On arrive au restaurant, on dit bonsoir, on dit qu’on est deux (ce qu’on risque éventuellement de moins dire). La dame nous invite à la follower. Ça nous énerve déjà un peu. On la follow tout de même jusqu’à la table, qui est assez haute. Je m’assois; ta mère entreprend l’ascension du tabouret. Derrière le bar, difficile de ne pas le remarquer, l’homme-bar anglophone est une vraie caricature, cheveux foncés teints blonds, bien lissés, gelés, crémés, graissés vers l’arrière. Il s’affaire en regardant la transmission du match final de curling des femmes, le grand affront Canada-Suède. Bien maquillée et sans sueur, Cheryl Bernard se penche sur la glace et envoie une pierre rouge frapper une pierre jaune. Le barman a une émotion et lâche Cheryl des yeux pour me regarder. Nice shot, isn’t it? Euh, j’ai cherché mon sourire sympathique «oui, oui, toute la Suède doit trembler». J’ai peur de m’être trompé, j’ai peut-être sorti involontairement celui qui disait que je le trouvais vaguement ridicule. Ta mère finit par atteindre le camp de base ou le sommet du tabouret. Sans Sherpas. On savoure sa victoire en mangeant dans la douce ambiance d’une finale de curling avec un barman qui commente tous les coups. Du vrai bonheur sur glace.

Ta date de mise en circulation arrive sous peu. La science moderne et ses roulettes de carton plastifié avancent le 3 mars, ce qui est quand même après-demain. D’ailleurs, la première chose ou presque que j’ai faite en apprenant ta création fut de vérifier que 2010 n’était pas une année bissextile (une année qui est autant attirée intimement par les années paires qu'impaires). L’absence de 29 février m’a réjoui, je me serais mal vu devoir t’expliquer pourquoi tu n’avais pas de fête trois ans sur quatre. Déjà que ma sœur est née le 2 janvier, vous auriez pu faire un palmarès des mauvaises dates d’anniversaire.

Tu n’es pas arrivé trop en avance, on a écouté les cérémonies de clôture des Jeux olympiques d’hiver de Vancouver. Ah l’hiver… on t’expliquera un jour: les bancs de neige haut de même, comment c’était dans le temps, les raquettes en babiche, ta mère qui vient de Lévis, là où les entrées de l’autoroute 20 sont munies de clôture… Mais sinon, finalement, engourdis par tant de mauvais goût, on a trouvé la cérémonie très désagréable à écouter. Tu aurais pu te présenter en avance, ça ne nous aurait pas fâchés.

Bon, je me disperse, mais arrive quand tu veux, on sera là.

On fera toute l’affaire, la respiration, le comptage des contractions, tout ça. On aura des émotions. On sera humains. On te laissera un coin du salon pour tes jeux aux couleurs criardes, quand ce ne sont pas les jeux eux-mêmes qui sont criards. On se laissera envahir. On acceptera que tout le monde nous demande des nouvelles de toi plutôt que de nous. On mettra de côté notre pyramide de Maslow pour toi. On n’aime pas les pyramides tant que ça de toute façon, ce n’est pas un problème.

Mais ta mère veut qu’on enregistre Lost si tu arrives mardi.

23 février 2010

Un peu plus haut, un peu plus gros

Dans le monde antique, comme les distances à parcourir pour changer son statut à la face du monde étaient grandes et qu’on finit tous par se lasser de réaliser des céramiques attiques à figures rouges ou noires (avec ou sans Unchained Melody en trame de fond), un ancêtre grec de Jean Drapeau a décidé qu’on allait construire quelques affaires un peu plus grandes que d’habitude. L’idée avait déjà eu un franc succès autour de la Méditerranée, et les constructions progressèrent. Des gens qui aimaient beaucoup les listes (les ancêtres grecs de Marie-France Bazzo et d’Umberto Eco) statuèrent qu’il y avait sept affaires assez grosses qui impressionnaient beaucoup les voisins. Les sept grosses affaires qui impressionnaient beaucoup les gens, qu’on appellera merveilles du monde par souci de simplification, auraient donc été construites de -2650 à -390, quelques années où ça allait plutôt bien pour les Travaux publics.

Curieusement, cinq merveilles sur sept appartiennent au monde hellénique, donc en lien avec la chanson de Roch Voisine qui se passe sur la plage les pieds dans l'eau. Or, le vote a peut-être été un peu biaisé; il y a peut-être eu collusion au royaume du souvlaki. D’ailleurs, aucune information claire sur le mode de compilation des votes ne subsiste. Omar Bongo a-t-il eu voix au chapitre? C’était un vote de l’Académie des maçons? Il fallait remplir des coupons de participation au restaurant de gyros du coin? Il fallait composer un numéro, payer des frais, espérer avoir une ligne chanceuse? Y avait-il une animatrice de foule dans une arène: «J’en vois 3, je cherche, appelez, approchez-vous des bas-reliefs, cherchez vous aussi, parlez-en en famille, appelez, ah, c’est pas évident, hein...»?

Mais bon, merveilles du monde, c’est quand même un peu fort. D’ailleurs, la plupart ne respectent pas le code du bâtiment: aucun accès pour les fauteuils roulant, pas de mains courantes, aucune indication pour les sorties d’urgence. Admettons que les Anciens étaient probablement des gens très gentils, mais à l’évidence, ils bâclaient leur travail.

Donc, pour toi qui prépares tes auditions pour un jeu questionnaire à la télé, voici les lauréats du concours:

La pyramide de Khéops
Les jardins suspendus de Babylone
Le temple d’Artémis à Éphèse
La statue de Zeus à Olympie
Le mausolée d’Halicarnasse
Le colosse de Rhodes
Le phare d’Alexandrie

Par contre, pour ton jeu, note que les questions peuvent être autrement plus corsées. Parfois, on va jusqu’à demander de choisir entre un œuf et une enveloppe, ou alors il faut être très, très fort en mathématiques et choisir des valises qui portent des numéros (oui, des chiffres partout, un jeu pour les génies, je te dis). Non, ce n’est pas fait pour tout le monde. Beaucoup d’appelés, peu d’élus.

08 février 2010

Aladin, la peau de chagrin, et le monsieur qui a souhaité que les saucisses collent sur le nez de sa femme

Je comprends le principe; il faut jouer à faire comme si, accepter et c’est tout, sinon il n’y a plus d’histoire ou la blague ne tient plus. Je sais. Mais ça m’a toujours agacé.

Enfin, je ne veux pas bousiller les règles, semer la pagaille et récolter ce qui pousse lorsque la pagaille est plantée dans un terreau fertile, mais il me semble qu’il s’agit de règles particulièrement faciles à contourner.

Étude de cas numéro 1: tu es un pauvre va-nu-pied moyen-oriental au cœur tendre et pur comme le diamant brut (si ta mère le dit) et tu trouves une vieille lampe. Tu la trouves un peu sale sur le coin, là, voyons donc. Tu frottes et pouf! tu ne croiras jamais ça, mais un génie sort. Tu as trois vœux, qu’il te dit. Seulement trois petites clauses d’exclusion au mandat: il ne peut tuer personne, faire tomber une personne amoureuse d’une autre ou ressusciter les morts (car c’est dégoûtant).

Étude de cas numéro 2: pauvre toi, on ne choisit pas son destin, te voilà pris dans un roman de Balzac. Faustien dans l’âme, tu échanges celle-ci (je te comprends, une âme, à quoi ça sert au final?) contre une peau de chagrin qui exaucera tes désirs en rapetissant à chaque coup. Quand elle aura disparu, tu ne seras plus. N’empêche, à ce moment, on sera content d’avoir fini le livre.

Étude de cas numéro 3: tu es dans une histoire sans fin dont, hormis le titre, j’ai à peu près tout oublié des grandes lignes du scénario sans fin. Grosso modo, tu fais des vœux et tu perds un souvenir à chaque fois. Au temps t = infini moins 4 de l’histoire, il y a de la musique prenante et je crois qu’on t’incite à faire un souhait qui risque d’effacer le souvenir de ta mère.

Étude de cas numéro 4: tu es dans un conte qui me fascinait plus jeune, et je dois dire que tu as une drôle de femme (tu es assez idiot toi-même d’ailleurs, tu verras). Un poisson magique ou quelque autre truc du genre te dit que tu peux faire trois vœux, car c’est ça le standard. Ta femme est super heureuse, elle hésite puis, euh, elle dit qu’elle voudrait des saucisses, elle aime bien les saucisses. Pouf! des saucisses! Tu te mets en furie. Quoi? Des saucisses! Oh mon innocente, je voudrais bien que ces saucisses te collent au nez. Pouf! les saucisses collent au nez de l’innocente personne aux goûts simples. Elle tire, tu tires, vous tirez. Rien à faire, des saucisses, ça colle très bien au nez des innocentes lorsqu’on l’a souhaité. Alors tout piteux, vous faites votre dernier vœu: ouais, c’est bon, on veut que les saucisses décollent.

Étude de cas numéro 5: une fois c’est toi, comprends-tu, et tu es un Newfie, une blonde ou un Belge (tu sais dans ce cas que tu n’es pas dans une blague locale, c’est de l’importation). Tu es dans le désert, sur une île déserte ou au terrain de golf, avec un Américain, un Anglais et un Français, mais bref, ça arrive toujours tout simplement, on t’accorde ou on vous accorde trois vœux.

Donc, je dois être un rebelle du souhait dans l’âme (que je n’ai pas encore vendue, faudra voir sur e-bay), mais il me semble que ça ne prend pas la tête de la rue Papineau pour faire le souhait d’avoir plus que trois souhaits, pour désirer l’agrandissement de la peau de chagrin ou pour demander de retrouver tous ses souvenirs.

Mais bon, c’est souvent complexe avec les concepts irréels; ils sont sous-tendus par une infinité de règles non existantes particulièrement strictes.

28 janvier 2010

Balzac et le petit matin du premier janvier

Premier janvier au matin. Je tournoyais dans le lit depuis une demi-heure, les yeux ouverts en mode panoramique, me redisant encore une fois à quel point la fille de 12 ans que ma blonde fut jadis s’était laissée aller à un désolant choix de couleurs de murs pour sa chambre.

À 5 h 30, dans un sous-sol au mois de janvier, c’est tout de même un peu moins apparent. Axiome de biscuit chinois: on pas toujours choisit sciemment premières réflexions d’année.

À 6 h, c’était assez, j’ai brisé une belle habitude de paresse matinale, je me suis levé.

Dur de dire pourquoi je ne dormais pas. Cocktail de réponses probables: le café trop concentré de l’oncle chez qui nous étions avant le décompte, les quatre repas en un, le vin dans lequel tout ça baignait désormais, et je mise aussi sur le mélange avec la pilule qui empêche de cracher du chat pendant deux jours. Mais c’est clair, je sais pertinemment qu’il y avait quelque chose d’anormal, car je suis monté et j’ai lu du Balzac pendant une heure.

De 6 h à 7 h.

Dans un fauteuil en cuir confortable.

Du Balzac!

Sans m’endormir.

Ça relève du paranormal.

Il y avait quand même un peu de normalité; je pestais ardemment, à l’intérieur même de mon for qui se trouvait là, contre les notes de bas de page. Par exemple, quand après «[ils] marchaient du même pas», l’annotateur compulsif s’exclame, tout exubérant et plein d’une joie de jouvencelle: ça c’est merveilleux, c’est parce qu’ils sont en amouuuur, en parfaite symbioooose, comprends-tu, le vois-tu comme c’est beauuuu?

Puis, tout d’un coup comme ça, pendant que la peau de chagrin rétrécissait, j’ai réalisé que j’allais devenir père dans moins de dix semaines. Et ça passe vite, moins de dix semaines.

Je suis retourné me coucher.

10 décembre 2009

Ma vie en catastrophscope

Oui, je sais, comme tout le monde… mais après. Pour les tentacules, pour le jeu, pour le portait social instantané. Parce que j’ai toujours aimé l’effet du microscopique juste à côté, sur la voie de service du macroscopique

6 décembre 1989 – Je trouve Cynthia très belle. Elle ne le sait pas. Je ne suis même pas assis à côté d’elle. Le monde est injuste, je le sens. Dominic copie sur mon examen de maths. J’ai écrit 3 au lieu de 6, et je corrigerai tantôt. Je suis fourbe. Dominic, je te l’apprends, le monde est injuste. (Mais pas trop. Avec le recul, je crois que Cynthia est un peu sotte.)

11 septembre 2001 – J’ai une chambre sur le campus. Je me lève à défaut de me réveiller, passe sous la douche, vais en classe (je suis habillé: parfait, les automatismes fonctionnent). Cours banal, je note, je souligne, ça ira. Le cours prend fin, je salue des amis et je suis le premier parti. J’ignore ce que j’ai fait hier, mais il me manque trois heures de sommeil pour être sociable aujourd’hui, je vais tenter de remédier à la situation. À travers les vitres, je vois des étudiants que je ne connais pas qui regardent des tours tomber sur un écran d’ordinateur. Il y a aussi des avions. Ridicule. Ah moi, les films catastrophes… Je passe mon chemin. Celle qui deviendra ma blonde incessamment vient souper. Dans la cuisine commune étrangement vide, pendant notre souper spaghetti quasi-romantique, un gars de la radio étudiante débarque: vox pop, on pense quoi des attentats contre le World Trade Center? Euh, c’était en 1993, hein (et que fais-tu dans mon souper)? Ma blonde à venir me regarde drôlement: quoi, tu sais pas? Le monde est injuste. Et l’injustice est apatride. Nous n’y voyons pas un vaste complot mondial. C’est l’amour au temps des attentats.

9 décembre 2009 (qui n’est pas un jour de catastrophe officiel approuvé par Céline Galipeau)(la neige ne suffit pas) – Nous avons opté pour le vert pâle; on vit dangereusement, mais bon choix finalement, on aime celui-là. Ma blonde a six mois de bedaine dans le corps. Une couchette a été achetée et assemblée après une chasse en bonne et due forme sur LesPAC. Quelqu’un va venir poser un point de bascule dans ma vie dans quelques mois, et ça ira. Le monde ne peut pas toujours être injuste. Le monde est prosaïque aussi, souvent. Il faut que je pose mes pneus d’hiver et que je me fasse vacciner (car même si je n’ai pas encore eu le cours prénatal pour me l’apprendre, il y a une grippe méchante qui fait fureur ces temps-ci, un peu partout où on trouve des humains avec une gorge et des organes respiratoires, des forêts de Shanghai à l’Irlande).

02 décembre 2009

Paul, un morse, des jolis blanchons (ou Découvrir un texte dans le fond d’un fichier)

L’actualité, c’est très important dans un blogue. Parlons donc du spectacle de Paul sur les Plaines, qui vient tout juste de s’achever, l’été passé.

Étant donné que Margaret Thatcher a un peu tendance à oublier les paroles de Hey Jude puis que Wolfe ne chante plus très bien (entre autres raisons parce qu’il est asthmatique et mort), je dois dire que j’étais assez heureux que ce soit Paul que les Britanniques envoient à Québec finalement. Précision au départ: pour ce point, je suis un anachronisme musical, j’ai plus écouté les Beatles que mes parents ont dû les écouter.

En optant pour le talus de la Citadelle, en arrière du fond, en haut complètement, debout sur le deuxième barreau de la clôture, en regardant l’écran à travers les arbres tout en refusant les offres d’emploi pour le Cirque du Soleil, j’ai réussi à éviter l’attente compactée sur la Grande-Allée et le piétinement subséquent. Pour ce qui est de Pascale Picard par contre, non, je n’ai pas réussi à m’en sortir, j’ai dû tout affronter. Il demeure tout de même que parmi mes soirées complètes passées juché en équilibre sur une clôture de métal (à côté, entre autres, de deux hippies inconnus des Pays-Bas), celle-ci arrive en tête.

Oui, mais Paul, tu sais, les phoques, argua-t-on. Pour vrai, tiens, j’ignorais, il faut dire qu’on en a si peu parlé, inférai-je.

Pourtant, tout’ étant dans tout’, tout s’explique, et c’est même très documenté comme comportement. Voilà, Paul se porte à la défense des phoques, non pas parce qu’il n’y connaît rien, mais parce qu’il se considère comme un morse, et que certains morses peuvent exceptionnellement tuer et manger des phoques, comme le démontre le documentaire allemand de Sigurd Tesche produit en 2005. Oui, Paul est comme ça, il craint la famine de façon insolite et anthropomorphique.

L’énoncé de base est dans la chanson I am the Walrus. Oui, souviens-toi: «I am the Walrus/Goo-goo goo-joo», clame-t-il. Il y a donc clairement une association marquée. Paul est habillé en morse sur le dessus du Magical Mystery Tour, ce qui est également une prise de position forte. Il se prend aussi pour l’homme à œufs, mais ça ne lui enlève rien. Un homme peut aimer la variété.

Bien sûr, tu me diras que John Lennon, ce taquin, a mêlé quelques personnes en choisissant le costume de morse pour la vidéo de la chanson, alors que Paul apparaît en hippopotame. Certains ont donc pu croire que John était le morse.

Mais ceci n’a aucun sens. Pourquoi Paul serait-il contre la chasse aux phoques s’il était un hippopotame? Paul n’est pas un hippopotame. Voyons, ça se saurait. La pochette de disque prime sur le vidéoclip, c’est une convention connue.

John a donc restitué les faits. Sur le White Album, dans la chanson Glass Onion, on entend John chanter: «Here’s another clue for you all, the walrus was Paul».

Voilà.

26 novembre 2009

Bilan automnal (incluant les mots amours, délices et orgues)

Cher Groenland,

Ça fait quatre ans. Des noces de cire, imagine-toi donc; ha, mais l’année passée, c’était de froment, je n’ai même pas osé t’en parler. Je sais, il y a eu relâchement cette année. Un peu comme si s'être fait construire (donc choisir des luminaires, des comptoirs de salle de bains et des bardeaux sur des échantillons de 2,25 pouces carrés, à deux, et s’entendre sur le choix, et multiplier cette décision par beaucoup de choix); et attendre un bébé (donc faire une table de concertation conjugale pour la couleur des murs, la literie, la poussette, ah! la poussette, et ah oui, l’autre chose que les gens utilisent quand même assez souvent: un prénom); et travailler (donc choisir des foules de trucs encore, et ce n’est pas toujours plus facile parce que ce n’est pas avec ta blonde qu’il faut former quorum)… oui, un peu comme si tout ça laissait moins de temps pour fanfaronner dans la neige. On en est venu à vivre des amours distantes, des délices espacées et on attendra longtemps les orgues imposantes. Au fait, par curiosité comme toujours, combien y a-t-il d’orgues au Groenland?

Non, je ne te ferme pas, Groenland. Tes frontières sont de toute façon trop poreuses. Oui, on dirait que tu es comme une île en plein océan; ton cœur est trop grand, j’imagine.

Partout, les blogues meurent au combat. En fait, on ne peut pas vraiment dire qu’il y a combat. Ils se figent, point, comme autant de Val-Jalbert version 2.0.

Alors je résiste. Je dois être une sorte de zouave ou de poilu, un gars toujours dans une tranchée en 1920, «on n’entend plus rien, c’est-tu fini?», un Jean Moulin un peu affaibli, peut-être, qui sait? Oui, Jean Moulin saurait.

Je suis un arbre qui résiste dans le vent.

(Mais je ne suis pas un saule inconsolable, ça va.)

Ne tousse pas trop.

29 septembre 2009

Hé, on a du courrier (traduction libre d’un langage inconnu)

Au printemps de 1972, l’homme, qui est un gars avec toutes sortes d’idées, a décidé de lancer deux trucs loin, loin dans l’espace, et même dans ce qui est juste derrière et qu’on ne voit pas. C’est ainsi qu’ont été envoyées au-delà des cumulus, du soleil et des affaires qui tournent autour les sondes spatiales Pioneer 10 et 11 (les neufs premières ayant subi des destins tragiques: le chien a mangé la 2; la 4 fut oubliée chez la grand-mère de Julie Couillard; la 9 fut camouflée dans un collier, lui-même lancé dans l’eau des années plus tard par une vieille survivante du Titanic).

L’autre, un ami de l’homme, qui a lui aussi de drôles d’idées, a décidé qu’il serait bon d’insérer une carte de visite, un faire-part terrien, une bouteille à l’espace. Carl Sagan, qui avait déjà fait une conférence en Crimée sur la communication avec des intelligences extraterrestres, un domaine pas très contingenté à Harvard à l’époque, a donc été approché. Mais pas Françoise, sa cousine éloignée, car sinon, bonjour tristesse, les extraterrestres auraient été déprimés. Il prend donc un peu d’aluminium et d’or, conçoit la plaque avec Frank Drake et laisse même sa femme Linda faire un dessin pour égayer les créatures qui n’ont pas le bonheur d’habiter le système solaire (un lieu qu’il faut avoir visité dans sa vie).

Voici donc la plaque qui est notre ambassadrice à l’étranger. Elle représente une scène très courante de la vie quotidienne dans le système solaire, soit lorsqu’un homme nu peigné sur le côté te salue stoïquement et qu’une femme nue se tient à ses côtés avec une main sur la cuisse.



Comme tu as probablement la chance d’habiter le système solaire, tu sais pertinemment tout ce que cette plaque signifie, mais tu me permettras quand même d’énoncer les lapalissades qui suivent pour les autres. Oui, le truc de base qui saute aux yeux, comme tu étais sur le point de le souligner, c’est le symbole en haut à gauche qui schématise la transition hyperfine de l’hydrogène, l’élément le plus abondant de l’univers. Forcément, la petite ligne verticale représente l’élément binaire unitaire qui permet, en considérant le spin de l’atome d’hydrogène, d’indiquer à la fois une unité de longueur (longueur d’onde de 21 centimètres ) et une unité de temps (fréquence de 1420 mégahertz), ce qui sert de mesure pour les autres symboles. Instantanément, tu réalises ainsi que la femme mesure 168 cm puisque sa taille est de huit fois la longueur d’onde de transition hyperfine de l’hydrogène. La sonde est montrée à l’arrière-plan dans la même échelle, car Linda n’était pas très bonne avec les perspectives. Les 15 lignes partant d’un même point indiquent les périodes de 14 pulsars avec leur distance relative par rapport au soleil (un superbe jeu éducatif) et la ligne horizontale représente la distance relative par rapport au centre de l’univers (le centre de l’univers était splendide à l’époque, mais aujourd’hui c’est devenu vraiment trop touristique). Enfin, le schéma du bas, c’est le système solaire avec les distances relatives bien indiquées. Et je vois mal comment il est possible de ne pas se rendre compte que l’échelle utilisée est celle du dixième de l’orbite de Mercure. Sinon, on remarque aussi que Linda, cette grande naïve, pensait que Pluton allait être une planète pour toujours; il faudra penser à envoyer une mise à jour.

Tout est donc très clair, mais des critiques qui infantilisent les extraterrestres ont rouspété et prétendu que ce n’était pas super simple à déchiffrer. Les critiques s’additionnèrent. Des puritains trempèrent leurs lèvres dans l’indignation: La NASA gaspille de l’argent pour des obscénités! Dessinez-leur des cardigans, juste ciel! Des féministes s’ébrouèrent la mise en pli: C’est ça, toujours l’homme qui a le premier rôle, c’est lui qui lève la main et la femme reste passive. Vous êtes tous des phallocrates, surtout toi, Linda! D’ailleurs, toujours des stéréotypes californiens, quelle image du corps de la femme ça envoie, hein? Des paranoïaques crurent qu’ils s’arrachèrent le poil des jambes: Bon, ça y est, les extraterrestres (qui ne sont pas tous fins, on le sait, nous) savent maintenant exactement où est la Terre !

Par contre, personne n’a encore signé d’accusé de réception et on attend toujours d’avoir des nouvelles par retour du courrier. À moins que ça ait atterri dans le courrier indésirable ou que ça moisisse à la poste restante.

Pour ceux qui aiment corroborer les choses, Ma Chouette loge au fond de cette ruelle…

18 septembre 2009

«Bienvenue à Enceinte à deux»

Un des désagréments majeurs de la grossesse réside dans le fait qu’il faille assister à des rencontres prénatales.

Là-bas, on fait monter les humains deux par deux, la salle est pleine, les formes féminines se portent de légèrement à très arrondies, c’est une ode au terreau fertile de la région qui produit à la tonne maïs et bébés. Nous voilà donc réunis, tous les couples présents, rassemblés par le fait que nous ayons à notre actif au moins une relation sexuelle non protégée au cours des six derniers mois (ou plus précisément, à tout le moins la partenaire fécondée du couple, ou peut-être pas, s’il s’agit d’une relation avec une seringue non érotisante; il y a des certitudes qui se perdent).

Jusque là, ça va, bien que je pressente l’apparition de revendeurs de places en garderie: «Hé psitt, man, pot, ecstasy, coke, places en garderie». Les chaises sont disposées en petits ronds et on reçoit l’autocollant Bonjour je m’appelle déjà rempli pour s’identifier le poitrail. Je ne réussis pas à m’empêcher de me tourner vers ma blonde: «Bonjour, euh… alors toi, tu bois depuis quand?» On participe néanmoins au classement des bedaines selon le nombre de semaines de gestation (tout le monde gagne) et on s’interroge courtoisement et intérieurement sur la relation qui unit les deux filles face à nous.

Au moment où on nous fait piger des objets dans une taie d’oreiller pour nous faire deviner dans un langage fleuri quels sont les services offerts au CLSC, j’ai un sourire qui n’indique peut-être pas la connivence la plus complète. Oh, mais que signifie la plaque de Lego avec des maisons? Montrez-la plus haut, s’il vous plaît. Tout le monde la voit? Quelqu’un a une idée? Oui, c’est pour vous rappeler qu’il y a toujours un CLSC près de chez vous. Une des animatrices parlait l’italique couramment (elle le tenait probablement de sa mère qui était italiquienne).

Jeu de la soirée: trouver le couple qui nous tombe le plus sur les nerfs. J’opte très rapidement pour les deux qui se font continuellement des petits câlins à l’avant. Plus tard, au cours de la révélatrice activité Quels sont les changements dans notre vie et quelles sont mes attentes, point d’interrogation?, le groupe est divisé dans la salle, messieurs ici et mesdames là. Eux continuent de se faire des petits saluts tout le long de l’activité. Oh, mais où es-tu, ah, juste de l’autre côté, salut, salut, c’est moi, ah, tu me salues aussi, comme c’est coquin. J’entérine mon choix, pendant que le gars à ma gauche explique à celui qui a reçu la feuille pour noter les réponses (évidemment, celui qui porte des lunettes) qu’il s’inquiète d’avoir moins de temps pour jouer au golf. Il cherche une épaule pour déverser ses émotions masculines, un tee psychologique pour son désolant désarroi sportif que j’aurais plutôt eu le goût de driver très loin dans une trappe de sable (mouvant), dussé-je m’y prendre avec un bâton non approprié pour le coup, qui ne soit pas en titane léger platiné ou comme l’autre qu’il vient sûrement d’acheter, qui coûte plus cher et qui est beaucoup mieux.

Mais sinon, c’est vraiment pertinent comme soirée, j’ai appris que le brocoli et les oméga-3 sont bons pour la santé. Faites circuler l'information.